Nous ne mentirons plus sur ce que nos oreilles entendent.
Voici des mots réels, prononcés chaque jour, dans nos villages, nos familles, nos mémoires —
et voici pourquoi nous écrirons « v », pas « b » :
- ⵜⴰⴞⵯⴰⵢⵍⵉⵜ → taqvaylit
Pas « taqbaylit ».
Parce que dans la bouche de ceux qui le disent à Djerba, à Tamezret, à Chenini,
ce n’est pas un /b/ sec qu’on entend — c’est un /v/ fluide, doux, vivant. - ⴰⴱⵔⵉⴷ → avrid (« mur »)
Pas « abrid ».
Car quand un enfant de Matmata dit avrid, il ne dit pas abrid.
Et si tu écris abrid, il lira mal — ou pensera qu’il parle « mal ». - ⵜⴰⵎⴻⵇⵯⴰⵕⵜ → tameqvaṛt (« civilisation », ou « manière d’être »)
Pas « tameqbart ».
Parce que ce mot, forgé dans la résistance, porte en lui le souffle du /v/ —
comme un rappel que notre culture respire, elle ne se fige pas. - ⵜⴰⵔⴰ → tavra (« porte » dans certains parlers)
Pas « tabra ».
Parce que la spirantisation transforme le /b/ en /v/ ou [β] entre deux voyelles —
et ce n’est pas une « erreur » : c’est la musique naturelle de notre langue. - ⵍⵍⴰⵀⵓ → llahv (« à cause de lui », dans des tournures modernes influencées par l’arabe dialectal)
Pas « llahb ».
Parce que le /v/ est là, intégré, vivant —
et le nier, c’est dire à celui qui le prononce :
« Ce que tu dis n’existe pas. »
Et dans le beldi ? Oui aussi :
- Un Tunisien dit « vaccin », pas « baccin ».
- Il dit « vite », pas « bite ».
- Il comprend « v » immédiatement.
Alors pourquoi, quand il apprend le tamazight, devrait-on lui imposer un « b » qu’il n’entend pas ?
Pourquoi lui apprendre à ne pas se faire confiance ?
Notre choix n’est pas caprice : c’est pédagogie, respect, vérité.
Écrire taqvaylit avec v,
c’est dire à une jeune fille de Djerba :
« Ce que tu entends dans la bouche de ta grand-mère est juste.
Tu as le droit de l’écrire tel quel. »
Écrire avrid avec v,
c’est dire à un adolescent de Tataouine :
« Ta langue n’est pas morte. Elle parle encore — et elle a même de nouveaux sons. »
Assez de normes qui effacent.
Place aux écritures qui écoutent.
Nous écrirons comme nous parlons.
Pas comme on nous ordonne.
Parce qu’une langue vivante ne se plie pas à un alphabet — c’est l’alphabet qui doit s’adapter à elle.
— Vivants. Audibles. Libres.
