Les mots de l’arabiphilisation du kabyle

1. Qu’est-ce que “l’arabiphilisation” du kabyle ?

C’est le processus par lequel, depuis plusieurs siècles, des mots arabes dialectaux ou classiques ont remplacé des termes amazighs anciens dans la langue quotidienne des Kabyles.

Elle ne vient pas seulement de la colonisation arabo-islamique, mais aussi de la cohabitation linguistique : l’arabe dialectal est devenu la langue de contact, du commerce et de la religion.

Exemple :

ḥaša / ḥašak → “excuse-moi, sauf” (arabe) qui se substitue à remplace alaɣ ou ssameḥ-iyi (kabyle).

2. Est-ce une “mauvaise” chose ?

Non.

Les langues se transforment naturellement au contact des autres.

Mais comprendre l’origine des mots aide à retrouver l’autonomie de la langue kabyle, et à distinguer ce qui vient du fond amazigh de ce qui vient de l’arabe parlé.

⚖️ Ce n’est pas une question de pureté, mais de conscience linguistique.


3. Quels sont les mots arabes les plus fréquents dans la bouche kabyle ?

Mot courantOrigineSensÉquivalent amazigh authentiqueRemarques
ḥaša / ḥaçaarabe (حاشا)sauf, exceptéalaɣ / ur nelli ara d…très répandu
ḥašak / ḥašakumarabe (حاشاك)excuse du motssameḥ-iyiformule de politesse
ṣaḥḥaarabe (صحة)santé / bravoasseɣz / aɣrib (selon contexte)souvent utilisé pour trinquer
wallaharabe (والله)par Dieus wul-iɣ, “par mon cœur”souvent inconscient
maalicharabe (ماعلّيش)ce n’est pas graveur ittwaɣ ara / ur ssineɣ araintraduisible parfois
aandek / aandekumarabe (عندك)fais attention / tu asɛeḍ / ɣur-kconfusion fréquente
baraka / barakatarabe (بركة)bénédiction, asseztazmert n yaz / deqqarexiste aussi en sens proche
mzal / mazalarabe (مازال)pas encoreur yettwas / ur yelli arafréquent à l’oral
bṣaḥtekarabe (بصحتك)à ta santéssumaɣ-ik / asseɣz-ikusage social
tawaḥecht-ekarabe (توحشتك)tu m’as manquéɣureɣ-k / neswaɣ-kexiste en kabyle

4. Que faire alors ? Rejeter ces mots ?

Non.

Le but n’est pas d’interdire, mais de comprendre et de choisir.

Savoir qu’un mot vient de l’arabe permet :

  • de reconnaître son origine,
  • de savoir qu’il existe un équivalent kabyle,
  • et de pouvoir réutiliser consciemment l’un ou l’autre selon le contexte.

C’est une question de liberté linguistique, pas de censure.