Lexique du jour de l’An et de Yennayer en kabyle

Pour célébrer Yennayer et le passage à l’année berbère (Ass n Useggas), voici les mots et expressions essentiels du lexique kabyle, avec leur écriture en Tifinagh.

1. Temps et calendrier

Ici, la nuance entre Ixef (le début/sommet) et tabburt (l’ouverture sociale/agricole, la porte de l’année) est essentielle.

FrançaisKabyle (Latin)Tifinagh
La tête de l’année (Le début)Ixef n useggasⵉⵅⴼ ⵏ ⵓⵙⴻⴳⴳⴰⵙ
PremierAmenzuⴰⵎⴻⵏⵣⵓ
Le premier (jour) de l’annéeAmenzu n useggasⴰⵎⴻⵏⵣⵓ ⵏ ⵓⵙⴻⴳⴳⴰⵙ
Le premier jour de YennayerAmenzu n Yennayerⴰⵎⴻⵏⵣⵓ ⵏ ⵢⴻⵏⵏⴰⵢⴻⵔ
Porte de l’année (labours)Tabburt n useggasⵜⴰⴱⴱⵓⵔⵜ ⵏ ⵓⵙⴻⴳⴳⴰⵙ
Tête de l’année (début)Ixf n useggasⵜⴰⵡⵡⵓⵔⵜ ⵏ ⵓⵙⴻⴳⴳⴰⵙ

2. Les salutations (vœux)

FrançaisKabyle (Latin)Tifinagh
Bonne annéeAseggas ameggazⴰⵙⴻⴳⴳⴰⵙ ⴰⵎⴻⴳⴳⴰⵣ
Santé et PaixTazmert d lehnaⵜⴰⵣⵎⴻⵔⵜ ⴷ ⵍⴻⵀⵏⴰ
À l’année prochaineAr aseggas i d-iteddunⴰⵔ ⴰⵙⴻⴳⴳⴰⵙ ⵉ ⴷ-ⵉⵜⴻⴷⴷⵓⵏ
À chacune et à chacunI yal yiwet, i yal yiwenⵉ ⵢⴰⵍ ⵢⵉⵡⴻⵜ, ⵉ ⵢⴰⵍ ⵢⵉⵡⴻⵏ

3. La table et la nourriture (Imensi n Yennayer)

Le dîner du réveillon est le moment le plus important.

FrançaisKabyle (Latin)Tifinagh
Le dîner (le souper)Imensiⵉⵎⴻⵏⵙⵉ
Le dîner de YennayerImensi n Yennayerⵉⵎⴻⵏⵙⵉ ⵏ ⵢⴻⵏⵏⴰⵢⴻⵔ
Viande séchéeAceḍluḥⴰⵛⴻⴹⵍⵓⵃ
BeignetsLesfenj / Tihbulinⵍⴻⵙⴼⴻⵏⵊ / ⵜⵉⵀⴱⵓⵍⵉⵏ
CrêpesTiɣrifinⵜⵉⵖⵔⵉⴼⵉⵏ
Feuilletés de semouleTimsemminⵜⵉⵎⵙⴻⵎⵎⵉⵏ
Le coq/poulet (traditionnellement sacrifié pour le dîner)Ayaziḍⴰⵢⴰⵣⵉⴹ
Galette de YennayerAḥbul n Yennayerⴰⵃⴱⵓⵍ ⵏ ⵢⴻⵏⵏⴰⵢⴻⵔ
Couscous aux sept ingrédients/légumesSeksu s sebɛa isufarⵙⴻⴽⵙⵓ ⵙ ⵙⴻⴱⵄⴰ ⵉⵙⵓⴼⴰⵔ
Les fruits secs (figues, noix, amandes) servis après le repasLfakyaⵍⴼⴰⴽⵢⴰ
Des beignets ou crêpes (sfenj, tiɣrifin) pour que l’année soit « douceTreḍ

4. Les symboles et traditions

  • Amellal : blanc (symbole de pureté pour la nouvelle année) (ⴰⵎⴻⵍⵍⴰⵍ).
  • Taqbaylit : La kabylité / La robe kabyle portée pour l’occasion (ⵜⴰⵇⴱⴰⵢⵍⵉⵜ).
  • Asfel : le sacrifice symbolique (généralement la volaille) pour éloigner le mauvais sort (ⴰⵙⴼⴻⵍ).

5. Expressions utiles

  • « Ad t-id-nessent s lehna » : puisse cette année nous trouver en paix.
  • « Tirugza d lbaraka » : (souhaiter) la dignité et la bénédiction.
  • « Aseggas-agi d ambaṛki » : que cette année soit bénie.

6. Le saviez-vous ?

Dans la tradition, on changeait souvent les inyen (les trois pierres du foyer/canoun) pour marquer le renouveau de l’année. Aujourd’hui, on met surtout l’accent sur le rassemblement familial.

7. Les dates clés de Yennayer

Nom de l’événementSignification / Action
Imensi n Yennayer, rencontres associativesLe réveillon : on prépare le grand dîner de l’abondance.
Amenzu n Yennayer Jour férié au Maroc le 14 janvierLe Jour de l’An : c’est officiellement le premier jour de l’année.
Wis sin n wussanDeuxième jour : souvent consacré aux visites familiales.
Imensi umerdilLe dîner de l’emprunt : on clôture le mois de Janvier amazigh Amerdil ne clôture pas janvier. Dans la mythologie berbère, Amerdil (le jour emprunté) se situe traditionnellement le 13 février (ou le 1er jour de mars berbère selon les régions)..
Ass umerdilLe jour « emprunté » à Février (le plus froid de la légende).

8. Imensi umerdil

Le Imensi umerdil (le dîner de l’emprunt) est un rituel fascinant qui mêle mythologie et observation météo.

Voici l’explication complète de cette tradition :

La Légende de la Vieille (Tamɣart)

Tout repose sur un mythe ancestral : une vieille femme, voyant que le mois de Janvier (Yennayer) touchait à sa fin et qu’elle y avait survécu avec ses chèvres malgré le froid, s’est mise à l’insulter et à se moquer de lui, le croyant désormais impuissant.

Vexé, Yennayer a voulu la punir. Mais comme il ne lui restait plus qu’un jour, il a appelé son frère Furar (Février) et lui a dit :

« Ô Furar mon frère, prête-moi un jour (merdel-iyi yiwen n wass), je tuerai la vieille et je lui laisserai un souvenir éternel. »

Février lui a prêté ce jour. Une tempête terrible a alors éclaté, emportant la vieille et ses chèvres. C’est pour cela que le dernier jour de janvier est réputé pour être le plus rude de l’hiver.

La symbolique du dîner

Ce repas n’est pas une fête de réjouissance comme le 12 janvier, c’est un dîner de protection et de respect.

  • Marquer la fin d’un cycle : On « clôture » le mois de Janvier.
  • Apaiser la nature : On prépare ce repas pour demander à la nature d’être clémente pendant les jours de froid intense qui arrivent.
  • L’humilité : C’est un rappel qu’il ne faut jamais être arrogant face aux éléments (contrairement à la vieille).

Ce que l’on mange

Le menu est souvent plus sobre que celui du jour de l’an, mais très riche pour braver le froid :

  • Aceḍluḥ : on utilise les derniers morceaux de viande séchée conservés depuis le sacrifice d’automne.
  • Berbucca u seksu : un couscous à gros grains ou des plats de pâtes traditionnelles (comme le tikuṛbab) qui tiennent au corps.
  • Légumes secs : on privilégie les fèves, les pois chiches et les lentilles.