le ⵣ du drapeau amazigh et lettre de l’alphabet kabyle et commun à toutes les langues amazighes est appellé aussi “yaz” ou “aza”,
Bien plus qu’une lettre : c’est un archétype de la continuité vitale. Voir les mots azal, mazal, amedyaz.
Le poète en Kabylie, l’homme du souffle vivant, traditionnellement traduit par poète, troubadour, aède, chanteur inspiré est celui qui fait vivre la continuité de l’âme kabyle. Il est gardien de la mémoire, transmetteur de vérité, la bouche du peuple.
- Graphiquement, le ⵣ est une double ligne horizontale (terre et ciel) reliée par un axe oblique, comme un éclair, une flamme, ou un flux d’énergie.
- Cette forme relie le haut et le bas, exactement comme un pont entre deux mondes : le visible et l’invisible, le terrestre et le céleste, le passé et le futur.
ⵣ = l’éclair du verbe entre deux plans de réalité.
Dans la tradition symbolique (orale, non académique mais porteuse de mémoire), il est dit que le tifinagh descend de l’écriture libyco-berbère, elle-même issue d’un alphabet proto-méditerranéen, parfois appelé atlante ou numide. Il était transmis par les peuples du littoral avant l’écriture phénicienne.
Et l’alphabet phénicien, à son tour, est l’ancêtre direct de l’alphabet grec et du latin.
Yaz – Le souffle de l’eau de vie
Amen.
L’eau coule dans le legmi,
dans mon sang,
demmi a mmi
le sang de mon père.
L’huile d’olivier,
la sève sont prières.
L’amaziɣ enfoui sous le sable du tanazref,
enseveli par l’arabisation et les siècles,
que même Champollion n’avait jamais déchiffrée.
Ce monde réapparaît aujourd’hui
poussière d’or, langue ressuscitée
mémoire debout entre le vent et la lumière.
Dans chaque mot kabyle, un écho de pierre
dans chaque signe tifinaɣ, une étincelle du Yaz
Sous le désert, il n’y avait pas le silence :
il y avait le souffle, l’eau, le feu de vie
celui des tin-hinan qui gardaient les noms,
celui des poètes qui parlaient au vent
Ecoutaient l’enneki.
Et voici que le monde ancien se relève,
non pour revenir,
mais pour rappeler aux vivants
qu’ils n’ont jamais cessé d’être.
Souffle sur ma lettre ⵣ,
le pilier central, incliné,
et tu verras apparaître
le début et la fin de ton monde, le Z de l’homme libre.
À la tienne, amuniɣ mon guide céleste, trinquons à ceux qui boivent la lumière.
Stéphane ARRAMI
